Les sculptures Lignes de vie sont des arbres généalogiques. Faits de branches et de rajouts, ils tirent leur sève de racines mises à nu.
L’histoire est en mouvement, le présent et le passé se redessinent au gré du hasard. L’éphémère est dans la fragilité des constructions de l’esprit, qui bâtit à partir de fragments composés, décomposés et recomposés.
Chacun crée le mythe de son origine pour pouvoir se raconter. Et puis avec le temps, apprenant à lire les lignes de faille de sa propre histoire, le mythe se fragilise et s’enrichit, il est le vivant.
Sur le chemin des hommes je me suis promenée. Je me suis parfois arrêtée sur les lignées qui disent d’où l’on vient sans indiquer où l’on va.
Les sculptures Lignes de vie sont des arbres généalogiques qui racontent une histoire, la mienne, la vôtre.
Pourquoi, la vie passe-t-elle sur certaines branches alors que d’autres n’ont que la mélancolie en héritage? L’enfant porte le nom de son père, mais les gènes et l’histoire de ses deux parents. Un nom seulement, une identité simplifiée cachant des centaines de patronymes.
Des rajouts, des banches sciées, d’autres ficelées ou bouturées, parfois rafistolées. Comme notre histoire qui nous construit, s’invente, se sait et puis s’oublie.
Fait de cassures et de hasards heureux il reste l’Homme construit de toutes ces petites histoires, une unité vivante et mouvante, émouvante.
Que prétendons-nous être ? Dans cet arbre où le passé et le présent se mêlent, le vrai et le faux se cachent et se découvrent.
Qui sommes-nous, qui sont-ils ? Le plâtre vient-il camoufler pour paraître ou bien réparer et lier solidement deux branches entre elles ? Parfois, il se détache laissant apparaître le bois nu.
Certaines lignes semblent n’avoir pas voulu, pu ou su se dissimuler ou se parer. Sont-elles plus vraies, plus naturelles ou plus ignorantes ? Elles sont plus visibles en tous les cas, et laissent la mousse les coloniser.
Et les branches de vie, rouges, rendent cette famille possible.
Il en va des pays comme des individus, ils sont faits d’influences de courants et de rajouts.
Ceux qui sont là, ceux qui y ont été, ceux qui construisent ceux qui se réapproprient. Peut-on revenir sur les lieux de son histoire, gardent-ils la trace du passage quand il a été humble ? Longtemps j’ai cherché un grenier où seraient rassemblés les fragments d’un bonheur passé. Je cherchais le lieu d’une mémoire possible.
Là-bas dans ce pays où on lit de droite à gauche, le passage des différents peuples se sont inscrits. Les fractures et les mélanges lui ont donné ses couleurs. Dans les branches rouges, bat le sang de tous, la vie est le fait des hommes. Le nid se pose sur les lignes de vie.
La mémoire est possible, la vie aussi.
Ils sont là et nous accompagnent. Si la mémoire est de nouveau possible alors il faut leur rendre leur place.
Un arbre majestueux, centenaire, qui accroche le soleil dans ses branches, nourrit les oiseaux de ses fruits et, à travers ses feuilles, transforme le vent en musique. Des branches élaguées ne formant plus que le souvenir d’un arbre, des bourgeons séchés qui ne produiront ni fruits ni feuilles. Ne représentant rien que la misère de l’humanité. Et toutes les autres branches d’autres arbres, d’autres lieux, d’autres temps, précipitées avec elles.
Et puis contre toute attente un bourgeon refleurit, il trouve assez de sève pour redonner la vie.
Alors, refaire l’arbre, en hommage, en mémoire, en sépulture et le bénir. Graver en son tronc la prière de leur salut, encore et encore. Poser un caillou témoin de notre passage, de notre reconnaissance, et honorer la vie.
Et puis quand tout est dit, quand le souvenir a fait surface et que l’on peut l’apprivoiser, vient le temps de continuer son chemin.
Mais où aller, par où passer ? Longtemps balloté par le passé, par des désirs que l’on a cru nôtres, décider de devenir qui l’on est.
S’en faire le vœu, la promesse à soi-même, et s’avouer ce qui nous retient dans le passé pour s’en détacher.
Sur l’arbre croisé, l’arbre mystique qui danse la vie, face à soi-même dans un lieu clos une forêt de possibles, nouer un ruban qui dansera lui aussi.
Seul pour naître et seul pour mourir, seul dans les foules et seul à savoir pour lui-même. La solitude a pu sembler être, à l’homme, son seul compagnon.
Cependant, parfois, il reconnaît en l’autre une partie de lui-même, s’unit par la pensée à des âmes qu’il ne connaît pas toujours. Il croit qu’il a un destin et pour cela il sait.
Enfin sur son chemin, l’homme peut se voir comme une partie du tout
Il en est des lignes de vie comme des personnes: à un instant particulier on y voit une chose particulière. Les portraits témoignent de ce moment où les choses se figent et semblent éternelles.
Mais l’instant d’après elles ont disparu et seul le portrait atteste de leur vérité éphémère




